Quelques élèves écoutaient le plus attentivement possible leur professeur. La grande majorité de la classe affichait un air absent, baillant à l'occasion, comptant relire leurs notes lorsqu'ils en seraient obligés, autrement dit, juste avant le prochain cours. Enfin, une poignée d'étudiants ne faisait strictement rien. Un garçon appartenant à cette dernière catégorie souffla, sans aucune discrétion.
- J'en ai marre ! se plaignit-il à voix basse. Combien de temps Remus ?
- Sirius, je ne voudrai pas te vexer, mais j'essaie de comprendre , et tu m'agaces, répondit le dénommé Remus.
Son voisin devait lui poser la question trop fréquemment à son goût, car il paraissait irrité. Il continua néanmoins à prendre des notes sur son parchemin, les sourcils légèrement froncés. Qui n'a jamais eu l'impression que froncer les sourcils améliorait la concentration, surtout lorsqu'on a un garçon bruyant à côté de soi ?
- Allez ! insista Sirius.
- Non ! Demandes à quelqu'un d'autre !
Son ami se pencha alors vers l'élève devant lui, un peu froissé. Tant pis. Depuis le début de l'heure, il avait été particulièrement énervant, à soupirer sans arrêt, à demander quand sa torture allait enfin cesser, et à déconcentrer Remus. N'importe quel élève sérieux voulant suivre le cours aurait été énervé par son comportement. Et Remus Lupin était un élève sérieux voulant suivre le cours.
- Sirius Black, si tu ne veux pas que je te jette un sort de mutisme, n'ouvres même pas la bouche pour me demander l'heure ! siffla la jeune fille assise devant eux.
Elle aussi devait être grandement agacée par le fait que Sirius doive impérativement faire sentir à toutes les personnes autour de lui qu'il s'ennuyait. Et elle avait deviné que c'était elle qu'il allait persécuter, maintenant que Remus refusait de lui dire combien de minutes il lui restait avant le son salvateur. Choqué l'espace d'une seconde qu'elle l'attaque de cette manière alors qu'il n'avait pas émis le moindre son, Sirius reprit contenance.
- Mais enfin ! Pourquoi personne ne veut me dire l'heure qu'il est ? Il ne suffit que d'un coup d'½il à sa montre... râla-t-il, mécontent.
- Tu n'a qu'a t'en procurer une ! Maintenant, tais-toi, ou c'est moi qui te fais taire ! rétorqua-t-elle.
Elle s'était retournée, et pointait sur lui sa baguette d'un air menaçant. Elle en avait assez à présent. Elle aussi était une élève sérieuse voulant suivre le cours, et cet énergumène l'empêchait de se concentrer. Sirius la regardait, sans la moindre peur.
- Tu n'as qu'à regarder ta montre.
- Je te préviens une dernière fois. Un mot de plus, et je te cloue le bec.
- Je n'ai pas peur...
« ... de toi. »
Elle avait lu ces dernier mot sur ses lèvres, car au moment où il avait ré-ouvert la bouche, elle avait dit
«
Silencio. » d'une voix assez basse pour ne pas alerter le professeur. Sirius ne réalisa que lorsqu'il n'entendit pas la fin de sa phrase. Remus avait suivit entièrement l'échange, et ne put réprimer un sourire. Il essaya tout de même de le cacher, histoire que Sirius ne soit pas en colère contre lui aussi.
Sirius avait un véritable don pour attirer l'attention, même s'il ne le faisait pas toujours exprès. Là par exemple, il venait d'empêcher Lily, Remus, et sûrement les personnes autour d'eux de suivre le cours avec attention, juste pour avoir l'heure. Enfin... il avait plutôt été l'objet d'une distraction de choix pour les voisins, puisqu'il n'y avait pas grand monde de concentré.
- Tu me prendras au sérieux la prochaine fois, chuchota la jeune sorcière d'un air faussement navré, avant de se retourner en ignorant Sirius qui la foudroyait littéralement du regard, totalement incapable de parler.
Remus pensa qu'à présent, Sirius avait retenu la leçon. Il ne fallait pas sous-estimer Lily Evans. Il aurait déjà du le comprendre depuis le temps.
Sirius, blessé dans sa fierté, les bras croisés, fixait le dos de Lily d'un regard noir. Il semblait vouloir lui lancer des ondes négatives.
Remus fit mine d'être absorbé par ce que disait leur professeur, sans doute pour dissuader Sirius de toute tentative de communication. Visiblement, il n'avait pas envie que son ami lui demande de lancer le contre-sort. Il ne restait qu'une petite demi-heure avant la fin de l'heure, et Sirius le prendrait mal si Remus refusait de le libérer du maléfice. Et Remus ne souhaitait manifestement pas que Sirius retrouve l'usage de sa voix.
Deux coups frappés à la porte interrompirent l'interminable discours du professeur Roof. La porte s'ouvrit presque aussitôt, sans qu'il ai répondu, tandis que les élèves avachis sur leur chaise se redressaient, intéressés. Personne ne refuse un peu de distraction, en particulier dans un cours qu'avaient en commun les Gryffondor et les Serpentard. Les deux maisons étaient rivales, et les élèves se détestaient par principe. De plus, c'était un cours théorique. Vraiment barbant. Donc, chaque prétexte était bon pour s'intéresser à autres chose. Même Remus Lupin et Lily Evans, qui étaient, il ne faut pas l'oublier, des élèves sérieux voulant suivre le cours, étaient curieux.
Le professeur McGonagall entra.
- Pardonnez-moi professeur Roof. Puis-je voir Mr Lupin un instant ?
Tous les regards se braquèrent sur Remus, qui semblait surpris. La même question trottait dans toutes les têtes : qu'est-ce que McGonagall pouvait bien vouloir à un préfet pour ne pas attendre la fin des cours ? Il n'était vraiment pas dans ses habitudes d'interrompre une classe. Roof fit signe à Remus de rejoindre son professeur de Métamorphose. Celle-ci referma la porte derrière eux.
- Sirius, appela quelqu'un à voix basse tandis que Roof reprenait ses explications, qu'est-ce qui se passe ?
Sirius, qui n'avait pas quitté la porte des yeux, se retourna vers un garçon à lunettes assis dans la rangée à côté de la sienne. Il voulut dire « J'en sais rien. », mais le sort que Lily lui avait lancé fonctionnait toujours. Son ami avait réussit à lire sur ses lèvres, et eut un sourire lorsque Sirius, agacé, retourna à la contemplation du dos de sa camarade, et recommença à lui lancer de mauvaises ondes.
Tout à coup, il sembla qu'il eut une illumination, car il se tourna à nouveau vers son copain à lunettes, et commença à lui faire des signes avec de gros yeux, remuant la bouche en un discours muet.
Son interlocuteur le regarda avec des yeux ronds, puis, se retenant de rire, lui fit comprendre qu'il ne comprenait absolument pas ce qu'il essayait de lui dire. Sirius, répéta ses gestes plus lentement, articulant le mieux possible chaque syllabes. N'y tenant plus, l'autre éclata de rire. Son voisin et une autre fille devant eux avaient depuis longtemps enfoui leur tête dans leur bras, pour tenter de cacher leur hilarité.
- Messieurs Potter et Black, veuillez cesser immédiatement vos singeries, et suivez le cours en silence ! gronda Roof.
Sirius, dépité, croisa les bras et regarda ailleurs, tandis que les trois qui riaient, tentaient de se calmer. La fille réussi plus tôt que ses deux camarades, car elle releva la tête, en essuyant ses yeux humides. Elle se retourna discrètement, et regarda Sirius qui boudait toujours, avec un sourire moqueur collé aux lèvres. Elle détourna rapidement le regard cependant, afin de ne pas rire de nouveau.
- T'es pas discret James, murmura-t-elle tout de même à son voisin de derrière.
Ce dernier, trop occupé à se modérer, ne répondit rien. Il souffla un bon coup, puis jeta un regard à son ami, qui lui aussi avait réussi à s'arrêter. Mauvaise idée.
Sirius les regarda se bidonner, l'air mauvais. Ils étaient un peu plus silencieux, c'était déjà ça.
Ils venaient à peine d'arrêter de rire que la porte se rouvrit. Remus entra, sous les regards curieux de ses camarades, ravis d'avoir à nouveau une excuse pour délaisser leur parchemin. Il fit un signe de tête rassurant à ses amis, et avec un sourire mystérieux, s'assit à côté de Sirius qui avait soudainement arrêté de faire la tête.
Les curieux s'intéressèrent alors au professeur McGonagall, qui était entrée à la suite de Remus, accompagnée d'une autre personne.
- Voici Jean Hallow, qui fera partie intégrante de cette classe à partir de ce jour. J'attends de vous que vous lui manifestiez tout le respect qu'il se doit, dit-elle en regardant la totalité des élèves d'un regard sévère.
Elle se tenait dans l'encadrement de la porte, immobile. Effectivement, elle portait l'uniforme des élèves de Poudlard. Elle ne semblait pas nerveuse de se retrouver dans une classe remplie d'inconnus. Tous purent voir sa silhouette gracile, ses longs cheveux châtains, et sa peau diaphane.
Les élèves chuchotaient entre eux, excités. Le professeur Roof l'invita à s'asseoir, tandis que McGonagall prenait congé, non sans avoir jeté un dernier regard circulaire, avertissant les étudiants de faire bonne figure. Ce dont Jean Hallow, qui s'était assise derrière les élèves les plus au fond, semblait se moquer éperdument. Elle ne les regarda même pas.
Trop impliqué dans son monologue, Roof ne s'aperçut pas que plus personne ne l'écoutait. La venue de cette nouvelle avait définitivement dissuadés les élèves de porter attention à la leçon. Il était mille fois plus intéressant d'observer Jean. Cependant, étant installée tout au fond, ils la lorgnaient avec un manque flagrant de discrétion, puisqu'ils étaient obligés de se retourner pour cela. Ils étaient curieux et surpris. Les nouvelles têtes à Poudlard, en dehors des premières années, étaient fort rares !
Jean avait sortit un parchemin vierge et une plume, mais ne prenait pas de notes. Les bras sur son pupitre, elle se contentait de fixer le professeur. Elle n'écoutait que d'une oreille. Tout ces choses sur les sortilèges informulés, elle les connaissaient depuis longtemps.
Soudain, la sonnerie retentit, faisant sursauter quelques élèves trop pris dans leur occupation du moment. Jean rangea ses accessoires dans son sac, le mit sur son épaule, et sans un regard pour personne, sortit de la salle. Alors qu'elle avait à peine fait deux pas dans le couloir, une fille l'accosta.
- Salut ! Je m'appelle Lynda Bridgins, dit-elle en prenant les devants.
Elle présenta ensuite ce qui devait être ses amies. Jean la regardait faire, le visage neutre. On aurait dit qu'elle attendait simplement que la bavarde ai fini de parler, afin de pouvoir s'en aller.
- Tu ne vois pas que tu la dérange Bridgins ? lança une fille, d'un ton qui laissait clairement entendre que la première était une imbécile.
Celle-ci lui lança un regard méprisant, et dit à Jean d'un air hautain :
- Si je puis me permettre de te donner un conseil, tu ferai mieux de d'éviter ces gens : les traîtres à leur sang et les Sang-de-bourbe ne sont pas très fréquentables.
- Retires immédiatement ce que tu viens de dire ! s'exclama James en sortant sa baguette.
Toute la classe était sortie, et aucun élèves n'était parti. D'une part, pour avoir une chance de parler à la nouvelle, et d'autre part, pour savoir comment se finirait la joute verbale.
Lily, que la remarque concernait, eut un sourire narquois, et répliqua à l'insulte.
- Ca me fait rire quand c'est elle qui dit qui est fréquentable ou non. Tout le monde ici est d'accord pour dire que le jugement de Lynda Bridgins est fiable à cent pour cent, dit-elle d'un ton sarcastique qui fit rire ses camarades, tandis que Remus faisait ranger sa baguette à l'agité.
Jean avait levé un sourcil, et attira l'attention de tous les élèves en tapotant l'écusson de sa veste. Lily éclata franchement de rire, suivit de la demoiselle qui s'était amusée des tentatives de communication de Sirius durant le cours, et de tout les Gryffondor. Et Bridgins, l'air choquée et confuse de ne pas l'avoir remarquée avant, rougit. Le blason de Gryffondor était cousu sur la poitrine de Jean, bien visible, et Lynda Bridgins, élève de Serpentard, lui avait proposé de rejoindre son groupe, dans un sous-entendu que tout le monde avait compris.
Voulant garder sa dignité, elle eut un reniflement méprisant, darda d'un regard noir une fille de Serpentard qui pouffait de rire, et s'en alla vers les escaliers. Ceux qui la suivirent cachèrent plus ou moins bien leur déception, tandis que Jean les regardait, indifférente. L'adolescente qui s'était moquée de sa camarade de maison traînait derrière eux, et regarda une dernière fois vers le reste du groupe, un étrange sourire sur les lèvres, avant de tourner au bout du couloir.
Cet échange avait laissé Jean de marbre. Elle ne communiquait pas avec les autres, encore moins depuis qu'elle ne pouvait plus parler. Lorsqu'elle vit du coin de l'½il d'autres personnes s'avancer vers elle, apparemment pour engager la conversation, elle soupira doucement. Elle pouvait encore partir en faisant comme si elle n'avait rien remarqué. Au moment où elle choisit cette option, pour éviter un moment embarrassant, quelqu'un tout près s'adressa à elle.
- Tu veux que je te montre le chemin vers la Grande Salle ?
Elle se retourna à demi. Remus Lupin jouait parfaitement son rôle de préfet. Aimable, serviable, et intelligent. D'autant plus qu'il allait lui éviter des discussions à sens unique avec les autres élèves, et qu'il lui ferait gagner du temps pour trouver ce que tout le monde ici appellait la Grande Salle.
Elle hocha donc la tête et le suivit.
Remus ne parla pas pendant le trajet, ce qui arrangea Jean. De toute façon, il aurait parlé tout seul. Il évitait ainsi de paraître idiot. Ce n'était pas un silence gênant, mais plutôt reposant.
Jean observait. Quel changement ! Ca la dépaysait complètement de l'orphelinat, et de Londres. Ici, l'air était différent. Pur, frai, agréable. Et elle allait vivre dans ce château.
Jean baissa le regard sur ses pieds. Si on l'avait regardée attentivement, on aurait décelé la tristesse dans ses iris.
Dire qu'il y a une semaine, elle était encore au cimetière...
Il y avait eut du vent. Ses cheveux volaient au gré de la brise, passaient devant ses yeux, lui chatouillaient le visage. Mais Jean n'y avait pas fait pas attention. Les mains dans les poches de son manteau, elle avait fermé les yeux. Elle était loin, très loin de Londres. Dans un pan obscur de ses souvenirs.
Un miaulement l'avait sortie de ses rêveries. Jean avait subitement ouvert les paupières et s'était retournée, pour faire face à un chaton. Assit sur ses pattes arrières, ses yeux bleus limpides braqués sur elle, il avait la tête légèrement penchée sur le côté. Cela donnait l'impression à Jean qu'il était curieux.
Il s'était approché d'elle et s'était frotté à ses jambes. Il était d'un blanc neigeux, et absolument adorable. Pas du tout farouche. Jean s'était baissée pour le caresser, le faisant ronronner.
Il avait l'air si petit, si fragile, dans son pelage tout blanc et doux comme une plume.
Elle n'avait jamais eu de chat. Petite, elle n'en avait pas désiré. Pas parce qu'elle ne les aimait pas, plutôt parce que ce n'était pas dans ses priorités. Ses priorités... Qu'étaient-elles à présent ? Et avant ? Jean ne se souvenait plus. Elle vivait. C'est tout. Elle se contentait de ça.
Jean avait mal dormi. Elle avait eu un accès de fièvre deux jours avant son départ, dû à la fatigue et à l'angoisse, qui était présente à chaque instant, ne la quittant jamais, lui tordant le ventre. La dernière nuit avait été sans aucun doute la pire. Elle avait fait des cauchemars abominables.
Tout ça à cause de la culpabilité qu'elle éprouvait, en pensant à sa mère. Elle la laissait seule, loin. Elle ne pourrait plus se recueillir sur sa tombe.
Le matin même, lorsque l'heure fut suffisamment décente, Jean était descendue dans le hall, déjà habillée et lavée. Elle n'était même pas passée par le réfectoire. Son ventre était contracté au point qu'elle n'aurait pas pu ingurgiter de nourriture. Encore un peu affaiblie par la fièvre des jours précédent, il lui avait fallut plus de temps qu'à l'ordinaire pour atteindre le cimetière.
Anna Hallow
16 avril 1935
6 novembre 1970
Un vrai festival de fleurs et de couleurs décorait la tombe. Jean avait déposé toutes sortes d'espèces, en plus des roses habituelles, qui étaient plus belles les unes que les autres. Une seconde fois, elle avait eut de la compagnie. Le chat blanc était revenu, et sentait les lys, l'air de se demander quel était ce parfum si agréable. Lorsqu'il avait terminé son examen, Jean l'avait soulevé délicatement : il était si minuscule qu'il tenait dans une seule main. Un coin de la bouche de Jean avait tressailli. C'était un sourire. Du moins c'était comme ça que Jean souriait. Elle ne savait plus comment on faisait réellement. Tout comme beaucoup de chose, son sourire, elle l'avait perdu.
La petite boule de poils n'avait pas de collier et n'était pas tatoué. Il devait être abandonné.
Le chat toujours dans ses bras, Jean avait regardé fixement la tombe. Tendant une main, elle avait caressé le nom gravé en lettres dorées dans la pierre. Une dernière fois. Elle avait enfoui la tête dans le pelage immaculé du chaton, s'était détournée avec peine, et était sortie du cimetière à grands pas.
Elle avait eut une crise respiratoire, et avait dû s'arrêter quelques instants pour se calmer. Il n'y avait que dans l'enceinte du cimetière que Jean se sentait bien. Pourtant, peu de gens sont à l'aise dans ce genre d'endroit. Ce lieu est sujet à bon nombre de légendes et de superstitions. Vampires, zombies, fantômes, esprits démoniaques... Mais Jean, elle, s'y sentait en sécurité. Elle avait toujours été étrange.
En avait fait un détour vers une boutique pour animaux avant de revenir à l'orphelinat. En rentrant, elle avait à peine eut le temps de fermer sa valise, que Mrs Brook était arrivée.
- C'est l'heure, avait-elle simplement dit.
Elle avait regardé la panière à chat sans rien dire, et avait pris la valise de Jean avant de sortir. La directrice avait eu peur qu'il arrive un nouveau malheur à Jean, comme tomber dans les escalier à cause du poids de la valise, qui n'était absolument pas légère. Elle avait donc préféré s'en charger.
Jean, légèrement surprise, prit donc le cabas où elle avait fait rentrer son nouveau compagnon, et suivit Mrs Brook dans l'escalier. Cette dernière l'avait emmenée au salon. C'était une pièce beaucoup moins grande que la salle d'activité. Les enfants n'avaient pas le droit d'y aller. Le salon était réservé aux adultes. La tapisserie des murs était verte, un grand tapis était posé au centre, entre les fauteuils qui avaient l'air confortables. Il n'y avait pas de feu dans la cheminée. En revanche, Dumbledore les attendait. Il avait salué Jean avait son habituelle courtoisie, avait envoyé ses affaires par magie directement à sa nouvelle école, et l'avait prévenue qu'ils y iraient par transplanage d'escorte.
Jean savait que le transplanage était entre autre ce que les Moldus appelaient la téléportation. Elle savait aussi que les sorciers de premier cycle n'étaient pas autorisés à transplaner. Il fallait avoir dix-sept ans, la majorité chez les sorcier, et passer un permis.
Avant qu'elle ne quitte la pièce, Mrs Brook l'avait rappelée, et lui avait pris les mains.
- Prend garde à ta santé. Et n'en fais pas trop ! l'avait-elle morigéné.
Jean avait hoché la tête de haut en bas l'air rassurant.
- Bonne chance, avait dit Mrs Brook en la lâchant.
Jean ne s'était pas retournée. L'orphelinat ne lui manquerai pas. Dans une petite rue adjacente complètement déserte, Dumbledore lui avait demandé de prendre son bras.
- Allons-y.
Soudain, elle n'avait plus rien vu. Ses poumons n'avaient plus fonctionnés. Ses yeux s'étaient enfoncés dans son crâne, et elle avait eu l'impression que ses tympans allaient exploser. Elle s'était cramponnée de toutes ses forces au bras de Dumbledore. Quand l'air avait envahi d'un coup son organisme, Jean avait inspiré de grandes bouffées d'air pur. En ouvrant les yeux, elle avait machinalement lâché le bras de son accompagnateur. Cependant, son équilibre pas encore retrouvé, elle avait titubé, et si Dumbledore ne l'avait pas rattrapée, elle serait tombée sur les pavés.
En reprenant son souffle, elle avait contemplé devant elle le portail encadré de deux pilier, où deux sangliers ailés en pierre semblaient monter la garde. Au delà, un immense château se dressait, majestueux. Un parc l'entourait. Des tours dont le sommet se terminait en une pointe s'élevaient vers le ciel.
- Bienvenue à Poudlard, avait annonçé Dumbledore en relâchant son bras. Tu vas bien ?
Jean fit oui de la tête. Elle avait simplement été sonnée. Dumbledore avait eu raison : le transplanage était très désagréable.
Ils avaient remonté ensemble le chemin qui menait au château. C'était la première fois que Jean en voyait un. Il y avait une forêt un peu plus bas, et elle avait pu apercevoir une cabane à la lisière des arbres. Après avoir monté quelques marches, ils étaient arrivés devant la grande porte d'entrée, qui était en chêne massif. Dumbledore l'avait légèrement touchée de sa baguette, et elle s'était ouverte sur un hall gigantesque. Le sol était dallé, les murs étaient en pierre brute, et un escalier en marbre permettait de monter dans les étages.
Le directeur l'avait guidée jusqu'à son bureau, où, avec pour spectateurs les quatre directeurs de maisons, Jean avait été répartie à Gryffondor. Elle avait été étonnée d'ailleurs. Après lui avoir dit que la maison Serdaigle serait une bonne option, il l'avait envoyée à Gryffondor. Incompréhensible.
Sa nouvelle directrice de maison, le professeur McGonagall, l'avait accompagnée dans la salle commune, où elle lui avait indiqué son dortoir. Jean avait revêtu son uniforme, avait pris son sac de cours, et avait suivit son professeur de Métamorphose, jusqu'à la classe de Défense contre les forces du Mal. Là, elle avait appelé un certain Lupin, qu'elle lui avait présenté comme étant un préfet de Gryffondor, dans la même année qu'elle. Avec son homologue féminin, qui était malheureusement coincée à l'infirmerie à cause d'une blessure due à une chute de balais, ils l'aiderait à s'adapter.
Et elle marchait en ce moment même avec ce Lupin, vers la Grande Salle. Ils passèrent une double porte, et de surprise, Jean ouvrit un peu plus les yeux. La salle était immense ! Quatre longues tables occupaient l'espace, ainsi qu'une cinquième tout au bout, où les professeurs étaient attablés. De nombreux élèves étaient déjà assis. Mais il y avait plus intéressant que ça. La salle était dépourvue de plafond. Un soleil, entouré de quelques nuages semblables à du coton, brillait aux dessus d'eux.
- C'est un plafond magique, qui a été créé pour ressembler au ciel. Mais il n'est pas toujours en accord avec le temps qu'il fait à l'extérieur.
Jean se tourna vers Remus, qui avait visiblement remarqué son étonnement. Elle hocha la tête, pour lui signifier qu'elle avait compris son explication. Elle le suivit jusqu'à la table qui devait être celle des Gryffondor.
- Assied-toi ici. Tu ne vas pas passer ton premier repas toute seule. Et si tu es avec nous, personne ne viendra t'embêter.
Jean acquiesça, et s'assit à côté de son camarade. Il savait qu'elle n'aimait pas se mélanger au autres, et était prévenant. Elle lui en était reconnaissante.
- Merci de nous avoir attendu Remus.
Sirius, James et leur ami venait de les rejoindre.
- Désolé Sirius. Lily t'a rendu ta voix ?
- Si James n'avait pas fait le bad-boy, j'aurai peut-être pu avoir le temps de le lui demander, dit Sirius en s'asseyant face à Remus.
- Eh ! N'oublie pas que c'est moi qui t'ai permis de l'ouvrir de nouveau ! Un peu de reconnaissance ! s'exclama James en prenant place à côté de Jean.
- J'aurai pu tout aussi bien demander à Monsieur Peter Pettigrow ici présent, cher ami.
Pendant qu'ils se chamaillaient, Jean pris la carafe devant elle, et regarda le liquide d'un air curieux.
- C'est du jus de citrouille. C'est très bon, précisa Remus.
Jean le goûta, et approuva d'un léger hochement de tête.
- Tu ne manges que ça ? s'étonna Peter.
Jean le regarda. C'était bien à elle qu'il s'adressait. Elle baissa les yeux vers son assiette. Elle avait pris un peu de carottes, et une moitié de steak haché.
- Je comprends pourquoi tu es aussi maigre, continua James.
- Et moi, je comprend pourquoi tu te fais rembarrer par Lily à chaque fois que tu lui parles. Quel tact ! se moqua Sirius, relançant ainsi une nouvelle dispute.
- Je ne parlais pas de ça, protesta Peter. Tu n'a pas faim ?
Jean remua négativement la tête.
- Désolé, dit James après que Sirius lui ai fait remarquer que la moindre des choses était de s'excuser, je ne voulait pas être méchant. Tu es sûre que tu ne veux pas de purée ? Ou des pâtes ?
- James, n'obliges pas les autres à manger comme toi ! On a pas tous la chance d'être mince en se gavant comme un porc !
- Mais tu vas me laisser tranquille à la fin ? fit-il en se retourna vers Sirius, qui était décidément très en forme. Et puis, ça te vas bien de parler de ma délicatesse...
Remus soupira, tandis que Sirius disait à James que non, il n'avait en aucun cas insinué que Jean pouvait être grosse en mangeant plus. Ils ne changeraient jamais.
Lorsque Jean passa les portes de la Grande Salle ce soir là, elle remarqua qu'un nombre incalculable de chandelles éclairait les lieux. Les étudiants, eux, remarquèrent que la nouvelle dont on parlait tant venait d'entrer, et la dévisagèrent. L'information avait fait le tour de l'école en quelques heures. Jean ne savait pas que certains élèves étaient même venus à la sortie des cours pour voir à quoi elle ressemblait.
Elle partie à l'opposé des filles qu'elle avait discrètement suivi pour trouver la Grande Salle, vers la table des Gryffondor. Les élèves la suivaient des yeux, et chuchotaient après son passage. Elle s'assit seule, soulagée qu'on la laisse tranquille.
Un peu plus loin James se tourna vers Remus.
- Elle n'est pas très bavarde la nouvelle, dis-moi. Je ne l'ai pas entendu décrocher un mot de toute la journée.
- Tu m'étonnes, dit Remus avec sourire sans joie.
- Pourquoi ?
Remus soupira.
- Elle ne parle pas, parce qu'elle ne peux pas.
James le regarda comme si c'était la première fois qu'il le voyait.
- Comment ça elle ne peut pas parler ?
Remus le regarda comme si James était un abruti.
- Que... Non... T'es pas sérieux...
- J'ai l'air de plaisanter ?
James pivota vers Jean, l'air de ne pas y croire.
- Hep ! Qu'est-ce qui se passe ? demanda Sirius, qui avec Peter, n'avait pas suivit la conversation, puisqu'ils parlaient de leurs cartes de Chocogrenouille.
- Tu savais pourquoi Jean Hallow ne parle jamais ? dit James.
- Tu parles de la nouvelle ?
- Non, de Dumbledore.
- Oui, ben qu'est-ce qu'elle a ? Timidité excessive ?
En voyant la tête que faisait James, Sirius comprit que ça ne devait pas être ça.
- Quoi alors ?
- Remus vient de me dire qu'elle ne peut pas parler.
Sirius et Peter se tournèrent avec une synchronisation parfaite vers Remus.
- C'est vrai ? demanda Peter.
- Oui.
- Elle est muette ?
- Sirius, rappelles-moi comment on appelle les gens qui ne parle pas ? dit Remus sur un ton sacastique.
Ce dernier, contrairement à son habitude, ne répliqua pas, mais regarda Jean, effaré.
- C'est pas possible... murmura-t-il.
- Comment elle fait ?
Peter avait formulé à haute voix la question que les quatre garçons se posaient. Aucun ne répondit. Ils n'avaient pas de réponse. Ils se contentaient de la fixer, Sirius choqué, Remus peiné, James paniqué, et Peter sidéré.
« Tu tiens donc tant à vivre ? »
« Non, je veux mourir. »
« Ne sois pas si pressée... »