Le chant de la lune.

Le chant de la lune.

Quand la personne que vous aimez plus que tout au monde, plus que votre propre vie, disparaît... que vous reste-t-il ?

Une coquille. Une coquille abandonnée... vide.


Il faut du temps. Du temps pour se reconstruire. Ou du moins essayer. Chaque chose, chaque parole anodine fait référence au passé. Et ça fait mal.
Si le maigre équilibre qu'on réussi a mettre sur pied se rompt, on se casse de nouveau. Et vivre devient encore plus douloureux.




« La mort est douce... simple. C'est plus dur de vivre ».







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jamais ne dire jamais
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# Posté le mercredi 23 juillet 2008 10:33

Modifié le mercredi 14 octobre 2009 04:37

Chapitre 1 : Les Roses blanches

Chapitre 1 : Les Roses blanches
C'était un grand orphelinat, Rosebery avenue, dans le quartier de Finsbury, à la bâtisse carrée, austère, avec des grilles qui entouraient la cour, et un grand portail de fer forgé. Il accueillait un bon nombre d'enfants. L'intérieur était propre et bien tenu. Les orphelins étaient bien traités.
C'était un refuge pour certain. Un enfer pour d'autres. Un simple endroit où vivre pour une personne.

Mrs Brooks s'arrêta devant une porte, au premier étage. Elle tourna la poignée et entra dans une petite chambre, meublée d'un lit, une table de nuit, une chaise et une armoire. Tout en bois.

- Jean, il faut que tu te lève, sinon tu risque de manquer le petit déjeuner, dit-elle en allant ouvrir les rideaux.

Un gémissement étouffé suivit d'un soupir agacé se fit entendre. Les couvertures bougèrent.

- J'arrive, dit une voix endormie.

Mrs Brooks sortit de la chambre, tandis que la personne qu'elle venait de réveiller souffla bruyamment, repoussa ses couvertures et se mit en position assise sur le bord du lit. Une jeune fille regarda par la fenêtre le soleil éclatant du début du mois de juin. Il illuminait cette chambre aux murs blancs. Son visage également. Mais son expression indifférente resta la même. Elle semblait ni contente ni triste de voir le soleil. Elle s'en fichait.
Une dizaine de minutes plus tard, elle descendit au réfectoire, s'assit seule et prit un toast. Elle déjeuna plus rapidement que d'autres enfants qui étaient là avant elle. Dès qu'elle eut terminé, elle se dépêcha de sortir de l'orphelinat.
Jean marchait dans les rues d'un pas calme. Elle connaissant son chemin. Ses cheveux détachés se balançaient au gré de ses pas. Elle entra chez un fleuriste, d'où elle en ressortit une minute plus tard avec un joli bouquet de roses blanches. Elle prit une rue adjacente et s'engouffra dans un cimetière.
Elle serpenta entre de multiples tombes sans ralentir, et s'arrêta net. Juste devant elle, se tenait une belle sépulture aux pierres grises. Dessus trônait un vase où des roses blanches fanées pendaient tristement sur les bords. Elle les jeta à la poubelle, les remplaça par celles qu'elle venait d'acheter, et regarda fixement la tombe.
Anna Hallow
16 avril 1935
6 novembre 1970
Jean resta là un long moment à contempler la tombe. Le vent se leva. A l'instar de ses cheveux, les souvenirs tournoyaient dans sa tête, comme chaque fois qu'elle venait ici.

Anna Hallow était la mère de Jean. Son unique famille. La seule pour qui la jeune fille aurait tout donné. La seule qu'elle aimait. Elle aurait été capable de décrocher la lune pour la maintenir en vie. Hélas... Anna avait quitté sa fille, et pour toujours.
Effondrée d'un chagrin indescriptible, Jean ne s'était jamais remise de la mort de sa mère. Cela l'avait totalement détruite.
Combien de jours était-elle restée enfermée dans sa chambre, refusant de voir qui que ce soit, en boule sur son lit ? Combien de jours avait-elle pleuré, crié, prié ?

Elle était taciturne, distante, solitaire, sauvage. Cette image qu'elle donnait cachait une grande fragilité et une grande instabilité. Mais ça, qui s'en souciait ?

Elle resta toute la matinée dans le cimetière comme à l'accoutumée. Certains passants auraient pu se demander ce qu'elle faisait, immobile comme une statue, à regarder une tombe sans ciller. Mais il n'y avait personne. Jean était seule, comme d'habitude. Et elle le resterai toute la journée. Comme d'habitude.
Peu après midi, elle alla au bord de la Tamise et s'acheta un sandwich. Passant devant un kiosque à journaux, elle remarqua qu'un incendie avait ravagé un village dans le Nord du pays. Encore.
Elle s'assit sur un banc et regarda d'un air absent les bateaux aller et venir sur le fleuve. Cet article lui avait fourni un autre sujet de cogitations. Depuis quelque temps, des catastrophes naturelles ou humaines se succédaient. Des ouragans, des effondrements, des fuites de gaz, des incendies, sans parler des disparitions bizarres ou des assassinats...
Il y avait quelque chose là dessous. Une organisation ou autre. Pour Jean, ce n'était pas naturel. Ou alors si ça l'était, le climat se détraquait complètement.
Elle y pensait, mais ça ne la préoccupait pas plus que ça. Elle n'était vraiment intéressée par rien. Jamais. Et ce, depuis presque cinq ans.

Le soleil commençait à décliner quand elle prit le chemin de l'orphelinat. Elle n'aurait pas d'ennui à cause de sa sortie aujourd'hui, car c'était son jour de repos. Depuis un an, elle travaillait dans l'établissement. Elle faisait le ménage, et s'occupait des enfants de bas âge. Bien sur, elle n'avait pas encore l'âge, mais la directrice avait accepté cette demande, car tout d'abord, elle était la plus âgée des orphelins, et ensuite, quand elle allait sortir de l'orphelinat lorsqu'elle serait majeure, elle n'aurait pas d'argent. Elle était raisonnablement bien payée.

Elle arriva pile au moment du dîner. Malgré le sandwich qu'elle avait mangé à midi, Jean n'avait pas faim. Elle s'obligea à avaler une partie de son plat principal et un verre d'eau, puis monta dans sa chambre.
Elle ne voulait pas que Mrs Brook viennent l'embêter ce soir. C'était sans doute la seule femme qui la surveillait. Si jamais Jean sautait un repas, ne dormait pas assez, ou tombait malade, Mrs Brook était la première à le savoir.
Jean ne comprenait pas comment elle s'y prenait, car elle avait tout un orphelinat à gérer, et pourtant, elle parvenait à voir qu'un enfant ne s'était pas brosser les dents après le goûter, où qu'un autre avait oublié de se laver les mains avant le dîner. Elle s'occupait de tout et de tout le monde à la fois, et savait tout sur chaque personne présente dans l'établissement. Un vrai phénomène.

Il y avait un bon moment déjà que Jean dormait, quand elle se réveilla. Tout d'abord, elle ne comprit pas ce qui l'avait tirée du sommeil. Quand elle entendit des cris et des éclats de rires bruyants venant de la rue, elle se leva et écarta légèrement les rideaux de sa fenêtre pour voir ce qu'il se passait. La rue était plongée dans le noir. Les réverbères ne s'étaient pas allumés. Une panne peut-être.
Elle parvint tout de même à distinguer des silhouettes qui avançaient dans l'avenue, en faisant énormément de bruit. Des fêtards ivres au point qu'ils ne savaient plus où ils étaient. Jean soupira. Ils n'auraient pas pu venir rendre leur souper ailleurs que dans cette rue, évidemment. En attendant elle ne pouvait pas dormir. La connaissant, La-Directrice-Qui-Voyait-Tout-Et-Savait-Tout devait être également réveillée. Sommeil léger du phénomène oblige.
Jean allait se remettre sous la couette, lorsqu'un mouvement de la bande attira son attention. Ils s'étaient arrêtés devant le portail de l'orphelinat. Elle fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'ils fabriquaient ?
Soudain, un éclair de lumière argenté parti du groupe et atteint le côté du bâtiment opposé à la chambre de Jean. Une lueur rougeâtre grandissait, permettant à Jean de voir que les personnes devant l'établissement portaient des cagoules.
Tout à coup, des hurlements retentirent dans les couloirs. Jean comprit alors avec horreur que l'orphelinat prenait feu ! Elle voyait l'ombre des flammes danser dans la cour.
Prenant trois secondes pour mettre un pantalon et un T-shirt, elle sortit en courant dans le couloir et dévala l'escalier. La directrice et les employées étaient sur pied, et faisait déjà évacuer les lieux. Tout le monde sortit dans la cour, mais les «encagoulés» étaient rentrés. L'un d'eux pointa un bout de bois sur une femme et s'écria :

- Avada Kedavra !

Un jet de lumière verte la frappa de plein fouet, et elle s'écroula sur le sol. Elle n'avait même pas eu le temps de crier. Jean avait déjà vu quelqu'un d'une pâleur et d'une immobilité semblable, et cette vision lui glaça le sang. Elle était morte.
Ce fut la panique. Enfants et adultes se mirent à courir en tout sens en hurlant, et certains tombaient sur sol, ayant subi la même chose que la femme.
Jean fut prise de nausées. Elle plaqua ses mains sur son ventre pour éviter de vomir. Ce n'était vraiment pas le moment. Elle avait vu quelqu'un mourir. Une fois de plus. Un mort.
Un rien lui rappelait son passé. Mais ce n'était pas le jour.
Elle se baissa pour éviter un jet de lumière qui lui effleura la tête. Elle déglutit péniblement, évitant ainsi de recracher ce qu'elle avait mangé au dîner. En se relevant, elle aperçut au bout de la rue d'autres personnes qui couraient vers l'orphelinat.
Tout à coup, elle fit volte-face. Un homme, d'après sa carrure, se tenait à trois mètres d'elle. Elle avait sentit plus qu'elle n'avait entendu sa présence.

- Une si douce enfant... dit–il avec ce qu'il semblait un rire dans la voix.

Jean recula d'un pas. Son c½ur s'affola dans sa poitrine. Sûrement parce qu'il sentait que dans quelques instants, il ne pourrait plus jouer son rôle. Car Jean allait mourir. Comme les autres. Ils allaient tous mourir. Pourquoi ?
Question sans réponse.
L'homme la regarda avec un horrible sourire, et pointa son bâton de bois sur elle. Quelques secondes passèrent. Quelques secondes où elle se demanda ce qu'il attendait. Le groupe de personnes se rapprochait, mais on ne les entendait pas à cause des hurlements et des détonations.

- Avada Kedavra !

Jean s'y était préparée. Se jetant sur le côté au moment ou l'éclair de lumière partait, elle tomba sur l'épaule gauche avec un gémissement de douleur. Elle parvint à se relever, tenant son épaule et grimaçant.

- Tu tiens donc tant à vivre ? Dommage pour toi. dit l'homme, toujours en souriant. Avada...
- NON ! hurla Jean en fermant les yeux.

En faisant ce geste, elle vit toute sa vie défilée devant elle. La mort lui montrait-elle tout ce qu'elle avait vécu durant son existence avant de la lui prendre ? Comme c'était étrange... Ce sentiment de vide soudain...

Elle revit le jour de son entrée à l'école primaire, qui était petite et d'allure triste ; elle revécue des insultes que lui lançait une bande d'enfants au regard moqueur, car elle répondait bien aux questions de l'instituteur : ils étaient jaloux. Elle revit sa mère qui la prenait dans ses bras pour la réconforter : une fille avait été méchante et odieuse avec elle, car elle était plus riche que Jean et portait des vêtements griffés ; sa mère la câlinant un matin de Noël, devant ses cadeaux...
Des moments passés à l'école, qu'elle avait oublié. De mauvais souvenirs d'enfance.
Des moments passés avec sa mère, qu'elle aurait aimé revivre indéfiniment.
Puis vint le souvenir le plus atroce pour elle. La mort de sa mère. Elle revécut les années qui avaient suivi.
Elle, pleurant sans pouvoir s'arrêter. Elle, hurlant comme une hystérique. Elle, dans sa chambre à l'orphelinat, assise sur son lit le regard vide. Elle, ne dormant plus, ne mangeant plus. Elle, assaillie le jour, la nuit, des souvenirs de son enfance avec sa mère. Elle, ne répondant que par des hochements de tête lorsqu'on lui parlait. Elle, plus seule que jamais. Elle... ne vivant même plus.

En mourant, Anna Hallow avait emporté au ciel son âme, mais aussi celle de sa fille.
Jean vivait. Son corps bougeait, mais intérieurement, elle était vide.

La vision de son existence pris moins d'un quart de seconde.
Dans le même temps, plusieurs choses se produisirent en même temps. Le groupe arriva à la hauteur de l'orphelinat, et vit ce qu'il s'y passait.
Une onde de lumière dorée se matérialisa soudainement, semblable à un souffle produit par une explosion, se propagea. Les attaquants tombèrent, inconscients.

Jean, tremblante, ouvrit les yeux. Elle entendit un bruit familier venant de sa poitrine. Son c½ur battait encore.
Comment était-ce possible ? Il y avait déjà quelques secondes qu'il aurait du s'arrêter. Mais il continuait de battre, plus que jamais.

Elle vit quelqu'un se précipiter sur elle. Mais ses jambes se dérobèrent, et elle tomba à terre. Elle était épuisée.
Elle n'avait pas réfléchi. D'ailleurs, elle ne réfléchissait plus vraiment depuis longtemps. Son corps, poussé par l'instinct de survie, avait agi automatiquement et avait évité le jet mortel. Mais la seconde fois ? Elle n'avait rien fait. Simplement fermé les yeux. Alors pourquoi était-elle toujours en vie ? Pourquoi n'était-elle pas morte ?
Juste avant de tomber dans l'inconscience, une question déjà entendue s'imposa à son esprit.

« Tu tiens donc tant à vivre ? »


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# Posté le mercredi 23 juillet 2008 11:19

Modifié le mardi 06 octobre 2009 18:06

Chapitre 2 : La goutte qui a fait se briser le verre

 Chapitre 2 : La goutte qui a fait se briser le verre
Jean entendait des voix lointaines s'en parvenir à en saisir le sens. Tout était flou, brouillé. Les voix se rapprochaient de plus en plus. Jean aurait voulu qu'elles s'arrêtent. Elle voulait continuer à dormir. Elle ne pensait à rien et s'était très bien ainsi.
Tout doucement, elle reprit conscience. La douleur à son épaule se fit plus intense.
Malgré elle, elle ouvrit les yeux. Encore, son corps avait réagi automatiquement. Une véritable marionnette.
Elle était allongée dans l'herbe. Elle la sentait lui chatouiller les mains.

- Elle s'est réveillée !

Une tête se pencha sur elle. Une femme. Son visage ne restait cependant pas très net.

- Est-ce que ça va ?

Ces paroles, pourtant simples, mirent un certain temps à arriver jusqu'au cerveau de Jean.

- Je... crois.

Elle avait du mal à garder les yeux ouverts. Elle se redressa en position assise. La tête lui tourna, et elle la prit entre ses mains. Tout était confus. Lorsque le monde cessa de bouger, elle releva le menton.
Une migraine remplaçait l'impression de tournis, et la douleur à son épaule lui arracha une grimace.

- Tu as mal quelque part ? Tu t'es blessée ?
- Je suis tombée sur l'épaule, et j'ai une migraine... répondit Jean en se prenant le front.

Elle n'arrivait pas à remettre de l'ordre dans ses idées. C'était le brouillard total.
La femme se leva, et alla plus loin parler à quelqu'un, pendant que Jean s'efforçait sans grand succès de se réveiller complètement.
Sentant quelqu'un s'agenouiller à côté d'elle, elle tourna doucement sa tête douloureuse. La femme était revenue avec un homme. Il lui fit un sourire rassurant et lui dit.

- Je vais te soigner. Ne t'inquiète pas, ça va aller très vite. Ferme les yeux s'il te plaît.

Jean obéit docilement. Elle était si désorientée qu'elle n'arrivait même plus à comprendre le comment du pourquoi.
Elle entendit un murmure presque inaudible, et la douleur de son bras s'évanouit aussitôt, ainsi que son mal de tête.
Elle rouvrit les yeux, et regarda les deux personnes en face d'elle avec la tête de quelqu'un qui vient de sortir du lit.

- Dumbledore arrive ! cria quelqu'un.
- Au bon moment... murmura l'homme à la femme.

Celle-ci tendit une main à Jean pour l'aider à se lever, et tous trois regardèrent une grande silhouette s'avancer vers eux. Quand il ne fut qu'à un mètre, Jean parvint à le voir complètement.
Un homme de grande taille, svelte, avec des cheveux et une longue barbe argenté, des lunettes en demi-lune derrière lesquelles il y avait des yeux bleu vifs pétillants, un nez aquilin. Il était habillé d'une robe pourpre et coiffé d'un chapeau pointu.

La vue de cet homme déclencha quelque chose chez Jean. Elle qui était quelques secondes auparavant aussi réactive qu'un escargot, le regarda, ahurie, puis tourna soudain la tête. Elle était dans la cour de l'orphelinat, et il ne faisait même pas encore jour. Il y avait beaucoup de monde habillé d'une manière bizarre ; les deux personnes à côté d'elle étaient du même genre. Des robes, des chapeaux. Qu'est-ce que c'était que ça ? Une nouvelle mode ?
Puis tournant la tête du côté de l'orphelinat, elle vit que la partie opposée au côté du bâtiment où se trouvait sa chambre fumait.


- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle d'une petite voix, en tournant de regard vers les adultes à côtés d'elle.
- Bonjour, je suis Albus Dumbledore, dit le l'homme à la longue barbe en ignorant sa question.
- Jean Hallow, répondit-elle en serrant la main qu'on lui tendait.
- Enchanté Jean, dit la femme en lui tendant à son tour la main, moi c'est Amanda Jones.
- Keith Tompson, se présenta l'homme.
- Il me semble que nous avons des choses à nous dire. Pourrais-tu nous amener un endroit calme ? demanda Dumbledore.

Elle jeta un regard inquiet vers la bâtisse, hésita une seconde. Elle avança finalement vers la porte, suivi des trois autres. Elle décida d'aller dans le salon. Au moins, ils seraient bien installés. Après qu'elle eu fermé la porte derrière eux, elle alla s'asseoir. Albus Dumbledore lui tendit un verre rempli d'eau qu'elle prit, un peu surprise.
D'où l'avait-il sorti ?

- Merci.
- J'imagine que tu dois être un peu désorienté après ce qu'il s'est passé. Mais d'abord, j'aimerai savoir ton opinion.
Jean, sais-tu ce qu'est ceci ? demanda-t-il en sortant de sa poche un bâton de bois.

Jean recula instinctivement contre le dossier de son fauteuil. Elle fut prise de frissons. Ses yeux s'agrandirent. Les souvenirs affluèrent. La mort. Elle avait vu la mort. Des corps étendus sur le sol. Des gens qu'elle avait connus. Encore. Ils étaient partis. Comme...
Jean s'aperçut qu'elle haletait. Elle s'efforça de régulariser son souffle. Son c½ur battait trop vite.
N'étant pas en mesure de parler, elle fit un signe négatif de la tête.

- Sais-tu à quoi on peut l'utiliser ?
- On peut tuer.

Elle avait dit ça en le regardant dans les yeux, d'une voix tremblante.

- Oui tu as raison. On peut tuer. Mais pas seulement.

Mr Tompson et Mrs Jones parurent surpris des paroles du vieil homme. Jean ouvrit grand les yeux. Cette chose était un engin de torture ! Un arme redoutable ! Elle tremblait. Elle avait peur. S'ils le voulaient, ces personnes pouvaient la tuer sur-le-champ. Quoi que... ce n'était peut-être pas une si mauvaise idée...
Jean avait à peine eu le temps de penser à cela que Dumbledore parla.

- C'est une baguette magique.

Les épaules de Jean s'affaissèrent sur le coup de la surprise. Elle était certaine d'avoir mal entendu.

- Pardon ?
- Ceci, dit Dumbledore en faisant tourner le bout de bois entre ses doigts fins, est une baguette magique.

La jeune fille le regarda les yeux écarquillés.
Une baguette magique... Elle y avait songé juste un bref instant, lorsqu'il l'avait sortit de sa poche, mais cette idée stupide ne s'était pas attardée dans son esprit plus d'une seconde, embrumé par les évènements récents... et plus anciens...

Dumbledore pointa la baguette sur la cheminée, et un feu y apparut soudain. Jean lâcha son verre qui se brisa en tombant au sol. Elle n'en avait pas bu une goutte. Dumbledore donna un autre coup de baguette, et le verre se répara tout seul sous les yeux de la jeune fille, qui avait la bouche grande ouverte, tout comme les yeux. Un autre coup de baguette plus tard, et le verre se retrouva à nouveau remplit d'eau.

Si les baguettes magiques existaient, alors cela voulait dire que... Non, c'était irréel ! Complètement absurde !
Et pourtant, ça expliquait bien des choses... Il lui fallut un temps pour retrouver le don de parole. Mr Tompson et Mrs Jones n'avait pas parlé depuis le début de la conversation. Ils observaient Jean méticuleusement, captant le moindre de ses gestes, de ses réactions.

- Vous ne pouvez pas être des magiciens... C'est impossible... dit-elle enfin en se tournant vers eux, la voix cassée.

Mrs Jones eu un sourire.

- Pas magiciens, sorciers.

La migraine était revenue.
La magie existait. Elle était en train de parler à trois sorciers. Les gens qui avaient attaqué l'orphelinat étaient également des sorciers.

Elle devenait complètement folle.

Elle posa son verre sur la table, pour éviter de le faire tomber une nouvelle fois, et pris sa tête douloureuse entre ses mains.
Quand elle se redressa, elle s'aperçut que Dumbledore, Mr Tompson et Mrs Jones l'observaient. Elle ne rêvait donc pas.

- Jean, tu es une sorcière.
- Quoi ? s'exclama-t-elle.
- Tu es une sorcière, répéta Dumbledore.

Jean le regarda, incrédule. Sa tête lui lançait.
Alors ça, c'était le bouquet ! La dernière chose à laquelle elle s'était attendue ! Une sorcière ?!

Oui, elle devenait dingue. C'était arrivé. Elle délirait.

- C'est toi qui a arrêté les Mangemorts, dit Mrs Jones. Tu as provoqué un souffle de magie si puissant, qu'il a mit K.O. toutes les personnes venues attaquer cet orphelinat. Nous avons pu les capturer. Nous avons arrêté l'incendie, et avons effacé la mémoire de tous les témoins.

Jean allait de nouveau s'évanouir. Elle se laissa aller contre son fauteuil, et ferma les paupières. Le soupir qui sortit de sa bouche exprimait la lassitude, son mal-être, son désir de ne plus penser à rien...
Mais c'était quoi tout ça ? Pourquoi on venait lui dire toutes ces bêtises, comme ça, directement ? Elle n'avait rien demandé ! Jamais ! A personne !
Elle avait encore plus mal à la tête. Qu'ils arrêtent. Qu'ils la laissent seule. Elle n'en pouvait plus. Elle ne le supportait plus. Un gémissement voulu sortir, voulu exprimer sa douleur qui la détruisait un peu plus chaque jour. Mais il s'étouffa dans sa gorge. Elle ne pouvait plus produire le moindre son.

- Professeur, comment se fait-il qu'on ne l'a pas découverte auparavant ? demanda Mr Tompson ne pouvant plus dissimuler sa curiosité.

Dumbledore prit son temps pour répondre.

- Elle a inconsciemment créé une barrière. La magie s'est accumulée depuis sa plus tendre enfance au plus profond d'elle-même. Cette nuit, alors qu'elle risquait de mourir, la barrière qui retenait la magie s'est brisée. Elle a alors libéré une si grande quantité d'énergie magique, que cela a mis les Mangemort or d'état de combattre.

Jean restait silencieuse, les yeux toujours fermés.

Elle entendait tout. Elle ne comprenait rien.

Elle n'arrivait pas à parler. Sa voix s'était perdue. Sa tête lui faisait vraiment très mal.
Elle n'avait jamais eu de migraine aussi douloureuse. Même depuis cinq ans. Même depuis qu'elle avait passé des jours et des jours à pleurer.

- Tu as de nouveau mal à la tête ? demanda Mr Tompson.

Elle aquiesa. Soudain, la migraine disparut. Comme par magie...
Jean battit des paupières.

Il s'écoula un long moment. Même Mr Tompson, Mrs Jones et le professeur Dumbledore ne disait mot. Ce dernier la regardait d'un air impénétrable. Ses yeux bleu vifs la fixaient sans ciller.

Soudain, elle prit son verre d'eau et le vida d'un trait, comme si après ça, elle se réveillerait dans son lit pour se rendre compte qu'elle n'avait fait qu'un rêve. Cela aurait été tellement mieux !
Mais non. Voyant que ça ne faisait rien, elle le reposa sur la table.

Puis, elle enfouit sa tête dans ses mains. Elle était à bout. C'en était trop pour elle. Trop d'un seul coup. Elle craquait.

A ce moment là, les trois sorciers présents dans cette salle, y compris Dumbledore, n'auraient pu imaginer ce qui allait suivre.
Ils ignoraient à quel point Jean avait été touchée par ces évènements. Ils ignoraient à quel point cela l'affectait. Ils ignoraient qu'elle était si fragile psychologiquement. Ils ignoraient qu'elle allait passer tout le mois de juin dans l'incapacité de faire quoi que ce soit, ne serait-ce que de manger. Ils ignoraient que ce qui s'était produit cinq ans plus tôt, lorsque la mère bien-aimée de Jean Hallow avait quitté le monde des vivants, allait se répéter.

Ils ignoraient que Jean venait de devenir muette.


« Tu tiens donc tant à vivre ? »


« Non, je veux mourir. »


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# Posté le samedi 11 octobre 2008 17:37

Modifié le mardi 06 octobre 2009 18:22

Chapitre 3 : Une arrivée silencieuse

Chapitre 3 : Une arrivée silencieuse
Quelques élèves écoutaient le plus attentivement possible leur professeur. La grande majorité de la classe affichait un air absent, baillant à l'occasion, comptant relire leurs notes lorsqu'ils en seraient obligés, autrement dit, juste avant le prochain cours. Enfin, une poignée d'étudiants ne faisait strictement rien. Un garçon appartenant à cette dernière catégorie souffla, sans aucune discrétion.

- J'en ai marre ! se plaignit-il à voix basse. Combien de temps Remus ?
- Sirius, je ne voudrai pas te vexer, mais j'essaie de comprendre , et tu m'agaces, répondit le dénommé Remus.

Son voisin devait lui poser la question trop fréquemment à son goût, car il paraissait irrité. Il continua néanmoins à prendre des notes sur son parchemin, les sourcils légèrement froncés. Qui n'a jamais eu l'impression que froncer les sourcils améliorait la concentration, surtout lorsqu'on a un garçon bruyant à côté de soi ?

- Allez ! insista Sirius.
- Non ! Demandes à quelqu'un d'autre !

Son ami se pencha alors vers l'élève devant lui, un peu froissé. Tant pis. Depuis le début de l'heure, il avait été particulièrement énervant, à soupirer sans arrêt, à demander quand sa torture allait enfin cesser, et à déconcentrer Remus. N'importe quel élève sérieux voulant suivre le cours aurait été énervé par son comportement. Et Remus Lupin était un élève sérieux voulant suivre le cours.

- Sirius Black, si tu ne veux pas que je te jette un sort de mutisme, n'ouvres même pas la bouche pour me demander l'heure ! siffla la jeune fille assise devant eux.

Elle aussi devait être grandement agacée par le fait que Sirius doive impérativement faire sentir à toutes les personnes autour de lui qu'il s'ennuyait. Et elle avait deviné que c'était elle qu'il allait persécuter, maintenant que Remus refusait de lui dire combien de minutes il lui restait avant le son salvateur. Choqué l'espace d'une seconde qu'elle l'attaque de cette manière alors qu'il n'avait pas émis le moindre son, Sirius reprit contenance.

- Mais enfin ! Pourquoi personne ne veut me dire l'heure qu'il est ? Il ne suffit que d'un coup d'½il à sa montre... râla-t-il, mécontent.
- Tu n'a qu'a t'en procurer une ! Maintenant, tais-toi, ou c'est moi qui te fais taire ! rétorqua-t-elle.

Elle s'était retournée, et pointait sur lui sa baguette d'un air menaçant. Elle en avait assez à présent. Elle aussi était une élève sérieuse voulant suivre le cours, et cet énergumène l'empêchait de se concentrer. Sirius la regardait, sans la moindre peur.

- Tu n'as qu'à regarder ta montre.
- Je te préviens une dernière fois. Un mot de plus, et je te cloue le bec.
- Je n'ai pas peur...

« ... de toi. »
Elle avait lu ces dernier mot sur ses lèvres, car au moment où il avait ré-ouvert la bouche, elle avait dit
« Silencio. » d'une voix assez basse pour ne pas alerter le professeur. Sirius ne réalisa que lorsqu'il n'entendit pas la fin de sa phrase. Remus avait suivit entièrement l'échange, et ne put réprimer un sourire. Il essaya tout de même de le cacher, histoire que Sirius ne soit pas en colère contre lui aussi.

Sirius avait un véritable don pour attirer l'attention, même s'il ne le faisait pas toujours exprès. Là par exemple, il venait d'empêcher Lily, Remus, et sûrement les personnes autour d'eux de suivre le cours avec attention, juste pour avoir l'heure. Enfin... il avait plutôt été l'objet d'une distraction de choix pour les voisins, puisqu'il n'y avait pas grand monde de concentré.

- Tu me prendras au sérieux la prochaine fois, chuchota la jeune sorcière d'un air faussement navré, avant de se retourner en ignorant Sirius qui la foudroyait littéralement du regard, totalement incapable de parler.

Remus pensa qu'à présent, Sirius avait retenu la leçon. Il ne fallait pas sous-estimer Lily Evans. Il aurait déjà du le comprendre depuis le temps.
Sirius, blessé dans sa fierté, les bras croisés, fixait le dos de Lily d'un regard noir. Il semblait vouloir lui lancer des ondes négatives.
Remus fit mine d'être absorbé par ce que disait leur professeur, sans doute pour dissuader Sirius de toute tentative de communication. Visiblement, il n'avait pas envie que son ami lui demande de lancer le contre-sort. Il ne restait qu'une petite demi-heure avant la fin de l'heure, et Sirius le prendrait mal si Remus refusait de le libérer du maléfice. Et Remus ne souhaitait manifestement pas que Sirius retrouve l'usage de sa voix.

Deux coups frappés à la porte interrompirent l'interminable discours du professeur Roof. La porte s'ouvrit presque aussitôt, sans qu'il ai répondu, tandis que les élèves avachis sur leur chaise se redressaient, intéressés. Personne ne refuse un peu de distraction, en particulier dans un cours qu'avaient en commun les Gryffondor et les Serpentard. Les deux maisons étaient rivales, et les élèves se détestaient par principe. De plus, c'était un cours théorique. Vraiment barbant. Donc, chaque prétexte était bon pour s'intéresser à autres chose. Même Remus Lupin et Lily Evans, qui étaient, il ne faut pas l'oublier, des élèves sérieux voulant suivre le cours, étaient curieux.
Le professeur McGonagall entra.

- Pardonnez-moi professeur Roof. Puis-je voir Mr Lupin un instant ?

Tous les regards se braquèrent sur Remus, qui semblait surpris. La même question trottait dans toutes les têtes : qu'est-ce que McGonagall pouvait bien vouloir à un préfet pour ne pas attendre la fin des cours ? Il n'était vraiment pas dans ses habitudes d'interrompre une classe. Roof fit signe à Remus de rejoindre son professeur de Métamorphose. Celle-ci referma la porte derrière eux.

- Sirius, appela quelqu'un à voix basse tandis que Roof reprenait ses explications, qu'est-ce qui se passe ?

Sirius, qui n'avait pas quitté la porte des yeux, se retourna vers un garçon à lunettes assis dans la rangée à côté de la sienne. Il voulut dire « J'en sais rien. », mais le sort que Lily lui avait lancé fonctionnait toujours. Son ami avait réussit à lire sur ses lèvres, et eut un sourire lorsque Sirius, agacé, retourna à la contemplation du dos de sa camarade, et recommença à lui lancer de mauvaises ondes.
Tout à coup, il sembla qu'il eut une illumination, car il se tourna à nouveau vers son copain à lunettes, et commença à lui faire des signes avec de gros yeux, remuant la bouche en un discours muet.
Son interlocuteur le regarda avec des yeux ronds, puis, se retenant de rire, lui fit comprendre qu'il ne comprenait absolument pas ce qu'il essayait de lui dire. Sirius, répéta ses gestes plus lentement, articulant le mieux possible chaque syllabes. N'y tenant plus, l'autre éclata de rire. Son voisin et une autre fille devant eux avaient depuis longtemps enfoui leur tête dans leur bras, pour tenter de cacher leur hilarité.

- Messieurs Potter et Black, veuillez cesser immédiatement vos singeries, et suivez le cours en silence ! gronda Roof.

Sirius, dépité, croisa les bras et regarda ailleurs, tandis que les trois qui riaient, tentaient de se calmer. La fille réussi plus tôt que ses deux camarades, car elle releva la tête, en essuyant ses yeux humides. Elle se retourna discrètement, et regarda Sirius qui boudait toujours, avec un sourire moqueur collé aux lèvres. Elle détourna rapidement le regard cependant, afin de ne pas rire de nouveau.

- T'es pas discret James, murmura-t-elle tout de même à son voisin de derrière.

Ce dernier, trop occupé à se modérer, ne répondit rien. Il souffla un bon coup, puis jeta un regard à son ami, qui lui aussi avait réussi à s'arrêter. Mauvaise idée.
Sirius les regarda se bidonner, l'air mauvais. Ils étaient un peu plus silencieux, c'était déjà ça.

Ils venaient à peine d'arrêter de rire que la porte se rouvrit. Remus entra, sous les regards curieux de ses camarades, ravis d'avoir à nouveau une excuse pour délaisser leur parchemin. Il fit un signe de tête rassurant à ses amis, et avec un sourire mystérieux, s'assit à côté de Sirius qui avait soudainement arrêté de faire la tête.
Les curieux s'intéressèrent alors au professeur McGonagall, qui était entrée à la suite de Remus, accompagnée d'une autre personne.

- Voici Jean Hallow, qui fera partie intégrante de cette classe à partir de ce jour. J'attends de vous que vous lui manifestiez tout le respect qu'il se doit, dit-elle en regardant la totalité des élèves d'un regard sévère.

Elle se tenait dans l'encadrement de la porte, immobile. Effectivement, elle portait l'uniforme des élèves de Poudlard. Elle ne semblait pas nerveuse de se retrouver dans une classe remplie d'inconnus. Tous purent voir sa silhouette gracile, ses longs cheveux châtains, et sa peau diaphane.
Les élèves chuchotaient entre eux, excités. Le professeur Roof l'invita à s'asseoir, tandis que McGonagall prenait congé, non sans avoir jeté un dernier regard circulaire, avertissant les étudiants de faire bonne figure. Ce dont Jean Hallow, qui s'était assise derrière les élèves les plus au fond, semblait se moquer éperdument. Elle ne les regarda même pas.

Trop impliqué dans son monologue, Roof ne s'aperçut pas que plus personne ne l'écoutait. La venue de cette nouvelle avait définitivement dissuadés les élèves de porter attention à la leçon. Il était mille fois plus intéressant d'observer Jean. Cependant, étant installée tout au fond, ils la lorgnaient avec un manque flagrant de discrétion, puisqu'ils étaient obligés de se retourner pour cela. Ils étaient curieux et surpris. Les nouvelles têtes à Poudlard, en dehors des premières années, étaient fort rares !
Jean avait sortit un parchemin vierge et une plume, mais ne prenait pas de notes. Les bras sur son pupitre, elle se contentait de fixer le professeur. Elle n'écoutait que d'une oreille. Tout ces choses sur les sortilèges informulés, elle les connaissaient depuis longtemps.

Soudain, la sonnerie retentit, faisant sursauter quelques élèves trop pris dans leur occupation du moment. Jean rangea ses accessoires dans son sac, le mit sur son épaule, et sans un regard pour personne, sortit de la salle. Alors qu'elle avait à peine fait deux pas dans le couloir, une fille l'accosta.

- Salut ! Je m'appelle Lynda Bridgins, dit-elle en prenant les devants.

Elle présenta ensuite ce qui devait être ses amies. Jean la regardait faire, le visage neutre. On aurait dit qu'elle attendait simplement que la bavarde ai fini de parler, afin de pouvoir s'en aller.

- Tu ne vois pas que tu la dérange Bridgins ? lança une fille, d'un ton qui laissait clairement entendre que la première était une imbécile.

Celle-ci lui lança un regard méprisant, et dit à Jean d'un air hautain :

- Si je puis me permettre de te donner un conseil, tu ferai mieux de d'éviter ces gens : les traîtres à leur sang et les Sang-de-bourbe ne sont pas très fréquentables.

- Retires immédiatement ce que tu viens de dire ! s'exclama James en sortant sa baguette.

Toute la classe était sortie, et aucun élèves n'était parti. D'une part, pour avoir une chance de parler à la nouvelle, et d'autre part, pour savoir comment se finirait la joute verbale.
Lily, que la remarque concernait, eut un sourire narquois, et répliqua à l'insulte.

- Ca me fait rire quand c'est elle qui dit qui est fréquentable ou non. Tout le monde ici est d'accord pour dire que le jugement de Lynda Bridgins est fiable à cent pour cent, dit-elle d'un ton sarcastique qui fit rire ses camarades, tandis que Remus faisait ranger sa baguette à l'agité.

Jean avait levé un sourcil, et attira l'attention de tous les élèves en tapotant l'écusson de sa veste. Lily éclata franchement de rire, suivit de la demoiselle qui s'était amusée des tentatives de communication de Sirius durant le cours, et de tout les Gryffondor. Et Bridgins, l'air choquée et confuse de ne pas l'avoir remarquée avant, rougit. Le blason de Gryffondor était cousu sur la poitrine de Jean, bien visible, et Lynda Bridgins, élève de Serpentard, lui avait proposé de rejoindre son groupe, dans un sous-entendu que tout le monde avait compris.
Voulant garder sa dignité, elle eut un reniflement méprisant, darda d'un regard noir une fille de Serpentard qui pouffait de rire, et s'en alla vers les escaliers. Ceux qui la suivirent cachèrent plus ou moins bien leur déception, tandis que Jean les regardait, indifférente. L'adolescente qui s'était moquée de sa camarade de maison traînait derrière eux, et regarda une dernière fois vers le reste du groupe, un étrange sourire sur les lèvres, avant de tourner au bout du couloir.
Cet échange avait laissé Jean de marbre. Elle ne communiquait pas avec les autres, encore moins depuis qu'elle ne pouvait plus parler. Lorsqu'elle vit du coin de l'½il d'autres personnes s'avancer vers elle, apparemment pour engager la conversation, elle soupira doucement. Elle pouvait encore partir en faisant comme si elle n'avait rien remarqué. Au moment où elle choisit cette option, pour éviter un moment embarrassant, quelqu'un tout près s'adressa à elle.

- Tu veux que je te montre le chemin vers la Grande Salle ?

Elle se retourna à demi. Remus Lupin jouait parfaitement son rôle de préfet. Aimable, serviable, et intelligent. D'autant plus qu'il allait lui éviter des discussions à sens unique avec les autres élèves, et qu'il lui ferait gagner du temps pour trouver ce que tout le monde ici appellait la Grande Salle.
Elle hocha donc la tête et le suivit.
Remus ne parla pas pendant le trajet, ce qui arrangea Jean. De toute façon, il aurait parlé tout seul. Il évitait ainsi de paraître idiot. Ce n'était pas un silence gênant, mais plutôt reposant.

Jean observait. Quel changement ! Ca la dépaysait complètement de l'orphelinat, et de Londres. Ici, l'air était différent. Pur, frai, agréable. Et elle allait vivre dans ce château.
Jean baissa le regard sur ses pieds. Si on l'avait regardée attentivement, on aurait décelé la tristesse dans ses iris.
Dire qu'il y a une semaine, elle était encore au cimetière...

Il y avait eut du vent. Ses cheveux volaient au gré de la brise, passaient devant ses yeux, lui chatouillaient le visage. Mais Jean n'y avait pas fait pas attention. Les mains dans les poches de son manteau, elle avait fermé les yeux. Elle était loin, très loin de Londres. Dans un pan obscur de ses souvenirs.
Un miaulement l'avait sortie de ses rêveries. Jean avait subitement ouvert les paupières et s'était retournée, pour faire face à un chaton. Assit sur ses pattes arrières, ses yeux bleus limpides braqués sur elle, il avait la tête légèrement penchée sur le côté. Cela donnait l'impression à Jean qu'il était curieux.
Il s'était approché d'elle et s'était frotté à ses jambes. Il était d'un blanc neigeux, et absolument adorable. Pas du tout farouche. Jean s'était baissée pour le caresser, le faisant ronronner.
Il avait l'air si petit, si fragile, dans son pelage tout blanc et doux comme une plume.

Elle n'avait jamais eu de chat. Petite, elle n'en avait pas désiré. Pas parce qu'elle ne les aimait pas, plutôt parce que ce n'était pas dans ses priorités. Ses priorités... Qu'étaient-elles à présent ? Et avant ? Jean ne se souvenait plus. Elle vivait. C'est tout. Elle se contentait de ça.

Jean avait mal dormi. Elle avait eu un accès de fièvre deux jours avant son départ, dû à la fatigue et à l'angoisse, qui était présente à chaque instant, ne la quittant jamais, lui tordant le ventre. La dernière nuit avait été sans aucun doute la pire. Elle avait fait des cauchemars abominables.
Tout ça à cause de la culpabilité qu'elle éprouvait, en pensant à sa mère. Elle la laissait seule, loin. Elle ne pourrait plus se recueillir sur sa tombe.
Le matin même, lorsque l'heure fut suffisamment décente, Jean était descendue dans le hall, déjà habillée et lavée. Elle n'était même pas passée par le réfectoire. Son ventre était contracté au point qu'elle n'aurait pas pu ingurgiter de nourriture. Encore un peu affaiblie par la fièvre des jours précédent, il lui avait fallut plus de temps qu'à l'ordinaire pour atteindre le cimetière.

Anna Hallow
16 avril 1935
6 novembre 1970


Un vrai festival de fleurs et de couleurs décorait la tombe. Jean avait déposé toutes sortes d'espèces, en plus des roses habituelles, qui étaient plus belles les unes que les autres. Une seconde fois, elle avait eut de la compagnie. Le chat blanc était revenu, et sentait les lys, l'air de se demander quel était ce parfum si agréable. Lorsqu'il avait terminé son examen, Jean l'avait soulevé délicatement : il était si minuscule qu'il tenait dans une seule main. Un coin de la bouche de Jean avait tressailli. C'était un sourire. Du moins c'était comme ça que Jean souriait. Elle ne savait plus comment on faisait réellement. Tout comme beaucoup de chose, son sourire, elle l'avait perdu.
La petite boule de poils n'avait pas de collier et n'était pas tatoué. Il devait être abandonné.
Le chat toujours dans ses bras, Jean avait regardé fixement la tombe. Tendant une main, elle avait caressé le nom gravé en lettres dorées dans la pierre. Une dernière fois. Elle avait enfoui la tête dans le pelage immaculé du chaton, s'était détournée avec peine, et était sortie du cimetière à grands pas.
Elle avait eut une crise respiratoire, et avait dû s'arrêter quelques instants pour se calmer. Il n'y avait que dans l'enceinte du cimetière que Jean se sentait bien. Pourtant, peu de gens sont à l'aise dans ce genre d'endroit. Ce lieu est sujet à bon nombre de légendes et de superstitions. Vampires, zombies, fantômes, esprits démoniaques... Mais Jean, elle, s'y sentait en sécurité. Elle avait toujours été étrange.

En avait fait un détour vers une boutique pour animaux avant de revenir à l'orphelinat. En rentrant, elle avait à peine eut le temps de fermer sa valise, que Mrs Brook était arrivée.

- C'est l'heure, avait-elle simplement dit.

Elle avait regardé la panière à chat sans rien dire, et avait pris la valise de Jean avant de sortir. La directrice avait eu peur qu'il arrive un nouveau malheur à Jean, comme tomber dans les escalier à cause du poids de la valise, qui n'était absolument pas légère. Elle avait donc préféré s'en charger.
Jean, légèrement surprise, prit donc le cabas où elle avait fait rentrer son nouveau compagnon, et suivit Mrs Brook dans l'escalier. Cette dernière l'avait emmenée au salon. C'était une pièce beaucoup moins grande que la salle d'activité. Les enfants n'avaient pas le droit d'y aller. Le salon était réservé aux adultes. La tapisserie des murs était verte, un grand tapis était posé au centre, entre les fauteuils qui avaient l'air confortables. Il n'y avait pas de feu dans la cheminée. En revanche, Dumbledore les attendait. Il avait salué Jean avait son habituelle courtoisie, avait envoyé ses affaires par magie directement à sa nouvelle école, et l'avait prévenue qu'ils y iraient par transplanage d'escorte.

Jean savait que le transplanage était entre autre ce que les Moldus appelaient la téléportation. Elle savait aussi que les sorciers de premier cycle n'étaient pas autorisés à transplaner. Il fallait avoir dix-sept ans, la majorité chez les sorcier, et passer un permis.

Avant qu'elle ne quitte la pièce, Mrs Brook l'avait rappelée, et lui avait pris les mains.

- Prend garde à ta santé. Et n'en fais pas trop ! l'avait-elle morigéné.

Jean avait hoché la tête de haut en bas l'air rassurant.

- Bonne chance, avait dit Mrs Brook en la lâchant.

Jean ne s'était pas retournée. L'orphelinat ne lui manquerai pas. Dans une petite rue adjacente complètement déserte, Dumbledore lui avait demandé de prendre son bras.

- Allons-y.

Soudain, elle n'avait plus rien vu. Ses poumons n'avaient plus fonctionnés. Ses yeux s'étaient enfoncés dans son crâne, et elle avait eu l'impression que ses tympans allaient exploser. Elle s'était cramponnée de toutes ses forces au bras de Dumbledore. Quand l'air avait envahi d'un coup son organisme, Jean avait inspiré de grandes bouffées d'air pur. En ouvrant les yeux, elle avait machinalement lâché le bras de son accompagnateur. Cependant, son équilibre pas encore retrouvé, elle avait titubé, et si Dumbledore ne l'avait pas rattrapée, elle serait tombée sur les pavés.
En reprenant son souffle, elle avait contemplé devant elle le portail encadré de deux pilier, où deux sangliers ailés en pierre semblaient monter la garde. Au delà, un immense château se dressait, majestueux. Un parc l'entourait. Des tours dont le sommet se terminait en une pointe s'élevaient vers le ciel.

- Bienvenue à Poudlard, avait annonçé Dumbledore en relâchant son bras. Tu vas bien ?

Jean fit oui de la tête. Elle avait simplement été sonnée. Dumbledore avait eu raison : le transplanage était très désagréable.

Ils avaient remonté ensemble le chemin qui menait au château. C'était la première fois que Jean en voyait un. Il y avait une forêt un peu plus bas, et elle avait pu apercevoir une cabane à la lisière des arbres. Après avoir monté quelques marches, ils étaient arrivés devant la grande porte d'entrée, qui était en chêne massif. Dumbledore l'avait légèrement touchée de sa baguette, et elle s'était ouverte sur un hall gigantesque. Le sol était dallé, les murs étaient en pierre brute, et un escalier en marbre permettait de monter dans les étages.

Le directeur l'avait guidée jusqu'à son bureau, où, avec pour spectateurs les quatre directeurs de maisons, Jean avait été répartie à Gryffondor. Elle avait été étonnée d'ailleurs. Après lui avoir dit que la maison Serdaigle serait une bonne option, il l'avait envoyée à Gryffondor. Incompréhensible.
Sa nouvelle directrice de maison, le professeur McGonagall, l'avait accompagnée dans la salle commune, où elle lui avait indiqué son dortoir. Jean avait revêtu son uniforme, avait pris son sac de cours, et avait suivit son professeur de Métamorphose, jusqu'à la classe de Défense contre les forces du Mal. Là, elle avait appelé un certain Lupin, qu'elle lui avait présenté comme étant un préfet de Gryffondor, dans la même année qu'elle. Avec son homologue féminin, qui était malheureusement coincée à l'infirmerie à cause d'une blessure due à une chute de balais, ils l'aiderait à s'adapter.

Et elle marchait en ce moment même avec ce Lupin, vers la Grande Salle. Ils passèrent une double porte, et de surprise, Jean ouvrit un peu plus les yeux. La salle était immense ! Quatre longues tables occupaient l'espace, ainsi qu'une cinquième tout au bout, où les professeurs étaient attablés. De nombreux élèves étaient déjà assis. Mais il y avait plus intéressant que ça. La salle était dépourvue de plafond. Un soleil, entouré de quelques nuages semblables à du coton, brillait aux dessus d'eux.

- C'est un plafond magique, qui a été créé pour ressembler au ciel. Mais il n'est pas toujours en accord avec le temps qu'il fait à l'extérieur.

Jean se tourna vers Remus, qui avait visiblement remarqué son étonnement. Elle hocha la tête, pour lui signifier qu'elle avait compris son explication. Elle le suivit jusqu'à la table qui devait être celle des Gryffondor.

- Assied-toi ici. Tu ne vas pas passer ton premier repas toute seule. Et si tu es avec nous, personne ne viendra t'embêter.

Jean acquiesça, et s'assit à côté de son camarade. Il savait qu'elle n'aimait pas se mélanger au autres, et était prévenant. Elle lui en était reconnaissante.

- Merci de nous avoir attendu Remus.

Sirius, James et leur ami venait de les rejoindre.

- Désolé Sirius. Lily t'a rendu ta voix ?
- Si James n'avait pas fait le bad-boy, j'aurai peut-être pu avoir le temps de le lui demander, dit Sirius en s'asseyant face à Remus.
- Eh ! N'oublie pas que c'est moi qui t'ai permis de l'ouvrir de nouveau ! Un peu de reconnaissance ! s'exclama James en prenant place à côté de Jean.
- J'aurai pu tout aussi bien demander à Monsieur Peter Pettigrow ici présent, cher ami.

Pendant qu'ils se chamaillaient, Jean pris la carafe devant elle, et regarda le liquide d'un air curieux.

- C'est du jus de citrouille. C'est très bon, précisa Remus.

Jean le goûta, et approuva d'un léger hochement de tête.

- Tu ne manges que ça ? s'étonna Peter.

Jean le regarda. C'était bien à elle qu'il s'adressait. Elle baissa les yeux vers son assiette. Elle avait pris un peu de carottes, et une moitié de steak haché.

- Je comprends pourquoi tu es aussi maigre, continua James.
- Et moi, je comprend pourquoi tu te fais rembarrer par Lily à chaque fois que tu lui parles. Quel tact ! se moqua Sirius, relançant ainsi une nouvelle dispute.
- Je ne parlais pas de ça, protesta Peter. Tu n'a pas faim ?

Jean remua négativement la tête.

- Désolé, dit James après que Sirius lui ai fait remarquer que la moindre des choses était de s'excuser, je ne voulait pas être méchant. Tu es sûre que tu ne veux pas de purée ? Ou des pâtes ?
- James, n'obliges pas les autres à manger comme toi ! On a pas tous la chance d'être mince en se gavant comme un porc !
- Mais tu vas me laisser tranquille à la fin ? fit-il en se retourna vers Sirius, qui était décidément très en forme. Et puis, ça te vas bien de parler de ma délicatesse...

Remus soupira, tandis que Sirius disait à James que non, il n'avait en aucun cas insinué que Jean pouvait être grosse en mangeant plus. Ils ne changeraient jamais.

Lorsque Jean passa les portes de la Grande Salle ce soir là, elle remarqua qu'un nombre incalculable de chandelles éclairait les lieux. Les étudiants, eux, remarquèrent que la nouvelle dont on parlait tant venait d'entrer, et la dévisagèrent. L'information avait fait le tour de l'école en quelques heures. Jean ne savait pas que certains élèves étaient même venus à la sortie des cours pour voir à quoi elle ressemblait.
Elle partie à l'opposé des filles qu'elle avait discrètement suivi pour trouver la Grande Salle, vers la table des Gryffondor. Les élèves la suivaient des yeux, et chuchotaient après son passage. Elle s'assit seule, soulagée qu'on la laisse tranquille.

Un peu plus loin James se tourna vers Remus.

- Elle n'est pas très bavarde la nouvelle, dis-moi. Je ne l'ai pas entendu décrocher un mot de toute la journée.
- Tu m'étonnes, dit Remus avec sourire sans joie.
- Pourquoi ?

Remus soupira.

- Elle ne parle pas, parce qu'elle ne peux pas.

James le regarda comme si c'était la première fois qu'il le voyait.

- Comment ça elle ne peut pas parler ?

Remus le regarda comme si James était un abruti.

- Que... Non... T'es pas sérieux...
- J'ai l'air de plaisanter ?

James pivota vers Jean, l'air de ne pas y croire.

- Hep ! Qu'est-ce qui se passe ? demanda Sirius, qui avec Peter, n'avait pas suivit la conversation, puisqu'ils parlaient de leurs cartes de Chocogrenouille.
- Tu savais pourquoi Jean Hallow ne parle jamais ? dit James.
- Tu parles de la nouvelle ?
- Non, de Dumbledore.
- Oui, ben qu'est-ce qu'elle a ? Timidité excessive ?

En voyant la tête que faisait James, Sirius comprit que ça ne devait pas être ça.

- Quoi alors ?
- Remus vient de me dire qu'elle ne peut pas parler.

Sirius et Peter se tournèrent avec une synchronisation parfaite vers Remus.

- C'est vrai ? demanda Peter.
- Oui.
- Elle est muette ?
- Sirius, rappelles-moi comment on appelle les gens qui ne parle pas ? dit Remus sur un ton sacastique.

Ce dernier, contrairement à son habitude, ne répliqua pas, mais regarda Jean, effaré.

- C'est pas possible... murmura-t-il.
- Comment elle fait ?

Peter avait formulé à haute voix la question que les quatre garçons se posaient. Aucun ne répondit. Ils n'avaient pas de réponse. Ils se contentaient de la fixer, Sirius choqué, Remus peiné, James paniqué, et Peter sidéré.

« Tu tiens donc tant à vivre ? »


« Non, je veux mourir. »


« Ne sois pas si pressée... »


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jamais ne dire jamais
Jamais ne dire jamaisx2
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# Posté le mardi 06 octobre 2009 19:04